Pierre Louboutin (1883 – 1916), La bataille de la Somme

Coll. famille Le Menn, Brunguennec

Coll. famille Le Menn, Brunguennec

Pierre Louboutin naît le 18 octobre 1883 à Quéménéven, au Vern. Il est le fils de Pierre, âgé de 37 ans à sa naissance, cultivateur, et de Marie Anne LE GOFF, âgée de 29 ans à sa naissance, cultivatrice.

Lors du recensement de 1911, il est cultivateur au Vern chez son frère.  Cette même année, le 23 juillet, il épouse Marie Anne Le Page à Quéménéven. Le couple vient habiter à Brunguennec. Ils auront deux enfants, Jean né en juin 1912 et Marie Jeanne née en février 1914 à Brunguennec.

Il est mobilisé le 25 février 1915 au 264e Régiment d’infanterie d’Ancenis et, après une période d’instruction, est envoyé au front le 3 juin 1915. Il perd la vie, « tué à l’ennemi », le 19 juillet 1916 à Estrées, lors de la bataille de la Somme. 

Ferme de Quennevières, 6 juin 1915

Le 264e régiment d’infanterie a été formé à Ancenis les 3 et 4 août 1914. Il est le régiment de réserve du 64ème régiment d’infanterie. Il compose avec le 265e R.I. la 121ème brigade de la 61e division. Le régiment ne comprenait presque exclusivement que des officiers et soldats bretons et vendéens.

Pierre Louboutin rejoint les troupes au front le 3 juin 1915 dans l’Oise, à l’est de Compiègne, trois jours avant la bataille de Quennevières. C’est un très rude premier contact avec la zone des combats. Le 6 juin, après 6 heures de préparation d’artillerie sur les tranchées allemandes, le 6e bataillon du 264e sort des tranchées, immédiatement suivi du 5e, pour enlever le saillant de Quennevières. Sous les tirs ennemis, les bataillons franchissent les premières et deuxièmes lignes allemandes, s’accrochent à ces dernières qu’ils réussissent à conserver malgré de lourdes et violentes contre-attaques ennemies. Au terme du 7 juin, le régiment compte 40 tués, 296 blessés et 150 disparus. Le régiment parvient à conserver ces positions jusqu’à la relève du 8 juin.

source Chtimiste

Après les assauts meurtriers qui se succèdent jusqu’à mi juin 1915, le régiment est relevé pour quelques semaines de repos à Chelles (sud de l’Aisne). C’est peut-être au cours de cette période qu’a été prise cette photo de Pierre Louboutin au 264e.

Pierre Louboutin est au centre. Coll. famille Le Menn, Brunguennec

Pierre Louboutin est au centre. Coll. famille Le Menn, Brunguennec

Le 264e RI remonte au front dans le secteur conquis de Quennevières le 21 juillet, et l’occupe sans période de repos jusqu’au 25 octobre 1915. Occupation très meurtrière. Il passe le deuxième hiver dans ces tranchées des secteurs de Tracy-le-Mont,Tracy-le-Val (Oise), toujours soumis à de durs bombardements.

Pendant cette période, Pierre Louboutin obtient une première permission. Il quitte le front le 20 décembre pour sa ferme de Brunguennec et en repart le 27 décembre 1915. Ses enfants, avec qui il passe Noël, ont alors 3 ans et demi et 22 mois.

Coll. famille Le Menn, Brunguennec

Coll. famille Le Menn, Brunguennec

La Somme

Les premiers jours de 1916 sont pour le régiment une période de mouvement, au cours de laquelle les troupes exécutent de grands déplacements à pied, et qui débute d’abord par une période de manœuvres, aux environs du camp de Crévecœur, où la 61e D. I. est toute entière rassemblée (Oise, Nord de Beauvais). Du 1er mars au 27 avril, c’est une nouvelle période d’occupation dans le secteur de Bailly-Saint-Léger, au nord de la forêt de Laigle (Oise, Nord de Compiègne).

Après un nouveau  déplacement par étapes, le 264e se retrouve dans la Somme.  Le 29 mai, la 61e D. I. est appelée à relever la 3e D. I. C. Le 30 mai, le 264e R. I. quitte ses cantonnements et relève le 2, au soir, le 21e colonial dans le secteur de Foucaucourt. Il occupe ce secteur jusqu’au 19 juin. Le 15 juin, le régiment est formé à trois bataillons, par l’adjonction d’un bataillon du 316e R. I de Vannes.

Pierre Louboutin obtient alors sa 2ème permission. Il arrive à Brunguennec le 17 juin 1916, le lendemain des 4 ans de son fils, et en repart le 24 juin.

A son retour au front, son régiment est dans le secteur de Foucaucourt (Somme). Le 3ème bataillon est dans les tranchées en face de Fay. Le reste du régiment cantonne à Rainecourt et à Harbonnières. Au même moment le 219e régiment d’infanterie, auquel appartient Jacques Autret, est aussi cantonné à Harbonnières. Les troupes se préparent à la grande offensive de la Somme déclenchée le 1er juillet après 8 jours de préparation d’infanterie.

A 9h30, la 61e division d’infanterie donne l’assaut :

– 9h35 : Le 264e atteint la 1° ligne allemande vers le point 580.
– 9h36 : le 219e (où est Jacques Autret) enlève la 1e ligne ennemie, et le 262e dépasse la 1° ligne ennemie. Yves Marzin et Louis Scordia, du 262e, y laisseront la vie ce jour-là.

Voici ce que l’on peut lire dans l’historique du 264e :

 » Nos avions, dans la matinée du 1er juillet, détruisent la plus grande partie des drachens ennemis, nous assurant ainsi la suprématie dans le domaine des airs. La grande attaque générale alliée a lieu ce même jour. A 9 h.30, le 4e bataillon du 264e R. I., partant de la parallèle d’assaut, enlève brillamment le bois, la ferme et le cimetière de Fay, sur un terrain bouleversé par les obus, l’organise sous un feu violent d’artillerie et y reste pendant les journées des 2 et 3 juillet. Il est alors relevé par le 6e bataillon qui reçoit la mission d’enlever le quatrième objectif du régiment constitué par la tranchée de Lutzen. La veille, le 5e bataillon avait donné l’assaut au centre de résistance du bois Foster et chassé les défenseurs à la baïonnette. Partout, dans ces premiers jours d’attaque, le terrain est vivement organisé et conservé, malgré de violents feux d’artillerie. Les trois bataillons ont donc une part égale dans le succès de ces premières journées d’offensive. Au moment de sa relève (nuit du 3 au 4 juillet), le régiment inscrit à son actif de magnifiques résultats : avance de 2 kil. 500 dans les lignes ennemies, capture de 300 prisonniers et d’une douzaine de canons. « 

source : JMO de la 121e brigade sur le site Mémoire des Hommes

source : JMO de la 121e brigade sur le site Mémoire des Hommes

Bataille d’Estrées (Somme)

Après un bref séjour à Harbonnières et dans le ravin des baraquettes, le régiment remonte en ligne dans le secteur d’Entrées. Dans la nuit du 14 au 15 juillet, la 121e brigade relève la 106e brigade. Le régiment occupe le village d’Estrées sauf un pâté de maison (l’ilot) non encore enlevé à l’ennemi.

Le 15 juillet, le bataillon Vannier est chargé d’enlever l’ilot sud-est d’Entrées. L’attaque est déclenchée dans la matinée et permet à peine de gagner 100 mètres (pertes : 1 officier, 13 tués, 42 blessés, 12 disparus). Le bataillon de Vauzelles attaque à 19h30 pour prendre une partie des boyaux et des tranchées. Après une légère avancée, il regagne ses positions de départ (pertes : 13 tués, 16 blessés, 2 disparus). Du 16 au 18, les deux bataillons subissent des bombardements très violents.

Dans la nuit du 18 au 19, le bataillon Vannier est relevé par le bataillon Picard.

Une nouvelle tentative est lancée sur l’ilot d’Estrées le 19 juillet à 13h30. Le bataillon Picard attaque avec 3 compagnies et 1 compagnie de mitrailleuses. Malgré l’appui de fractions du bataillon Vannier, le bataillon est rejeté sous les feux de mitrailleuses non détruites. La préparation d’artillerie de destruction avait été insuffisante et tous les abris (caves, casemates). Pertes du bataillon Picard : 1 officier – 19 hommes tués. 3 officiers 65 hommes blessés. 12 disparus. Pertes du bataillon Vannier : 13 tués, 58 blessés.

A 13h30 également, le bataillon de Vauzelles attaque les tranchées Schleswig et Lübeck pour atteindre le boyau d’Entrées. Après plusieurs heures de lutte, ils n’avaient progressé que de 50 mètres, et conservaient péniblement ces nouvelles positions. Pertes : 4 officiers et 120 hommes blessés, 50 disparus

Pierre Louboutin est tué à l’ennemi ce jour du 19 juillet

extrait du JMO du 264e RI sur le site Mémoire des Hommes

extrait du JMO du 264e RI sur le site Mémoire des Hommes

« Du 15 au 21 juillet, plusieurs assauts sont tentés en vain contre ce nid puissamment organisé. Enfin, le 23, après une violente préparation d’artillerie, le bataillon VANNIER s’empare de l’îlot, fait prisonniers les survivants d’un bataillon ennemi qui le défendait et capture une batterie. » (Historique du 264e RI)

Inhumation et décoration

Pierre Louboutin est inhumé dans la nécropole nationale de Dompierre-Becquincourt (Somme), tombe 157. Cette nécropole regroupe des corps exhumés des cimetières communaux de la Somme ou proches des champs de bataille. 7032 soldats français tués pendant la 1ère guerre y sont inhumés, dont 5 363 en tombes individuelles.

Source : MINDEF/SGA/DMPA-ONACVG (Chemins de Mémoire)

Il a été décoré, à titre posthume, de la croix de guerre avec étoile d’argent.

Coll famille Le Menn, Brunguennec

Coll famille Le Menn, Brunguennec


Sources

Base des morts pour la France

Famille Le Menn, Brunguennec pour les dates de mobilisation et de permission

Relevé de la nécropole nationale de Dompierre-Becquincourt

Site Mémoire des Hommes :

– JMO du 264e régiment d’infanterie
– JMO de la 121e brigade d’infanterie
– JMO de la 61e Division d’infanterie

Historique du 264e régiment d’infanterie

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