Guillaume Garrec (1882-1918) – le Chemin des Dames

Guillaume Garrec au service militaire - coll. M. Cotty

Guillaume Garrec au service militaire. Collection M. Cotty

Guillaume Garrec est né le 3 décembre 1882 à Béchérel en Plonévez Porzay. Il est le dernier des huit enfants de Jacques, cultivateur, âgé de 48 ans à sa naissance et de Marie Jeanne DOARE, âgée de 38 ans.

Scolarisé à Plonévez-Porzay, il obtient son certificat d’étude.

D’abord dispensé du service militaire, car son frère René était lui-même au service, Guillaume l’effectue finalement au 26e bataillon de chasseurs à pied, du 14 novembre 1903 à septembre 1904. Il passe dans la réserve de l’armée d’active le 1er novembre 1906, au 6e régiment d’infanterie coloniale de Brest, où il effectue deux périodes d’instruction en 1908 et en 1912.

Le 16 janvier 1911, il épouse Marie Anne Kerinvel, couturière. Le couple s’installe à Quéménéven. Lors du recensement de 1911, Guillaume apparaît comme cultivateur au bourg. Leur fils unique, Jean, naît le 8 juillet 1913. Il deviendra tailleur.

Mobilisé en octobre 1914, il trouve la mort le 28 mai 1918 au Chemin des Dames, à la suite de l’offensive allemande pour reprendre le plateau.

1914

Son fascicule de mobilisation indique qu’en cas de guerre, Guillaume doit se présenter à la caserne de la Tour d’Auvergne le 19ème jour de la mobilisation.

Sur son livret militaire, il est précisé qu’il arrive aux armées le 8 octobre 1914, probablement au 148ème régiment d’infanterie, régiment des Ardennes mais dont le dépôt a été transféré à Vannes.

Pas d’information sur son parcours en ces premiers mois de guerre.

Premier trimestre 1915, 148e RI, fièvre typhoïde

Le 24 janvier 1915, Guillaume entre à l’ambulance de Verneuil dans la Marne pour « courbatures fébriles », en réalité la typhoïde. Il est alors soldat de 2ème classe de la 11ème compagnie, 3ème bataillon du 148e RI.

Le 20 février, il sort de l’ambulance « convalescent de fièvre typhoïde a besoin d’un congé d’un mois sera évacué sur un dépôt de convalescence de l’intérieur » et bénéficiera d’un « régime alimentaire ordinaire ».

Il entre à l’hôpital temporaire de Brest le 22 février 1915, d’où il ressort le 10 mars 1915 « à évacuer sur la Ville Neuve pour 15 jours de repos ».

Certificat de visite - 20 février 1915. Coll. M. Cotty

Certificat de visite – 20 février 1915. Collection M. Cotty

Il regagne ensuite le front, et est sans doute affecté au 93e régiment d’infanterie. C’est en effet dans ce régiment que se poursuit son parcours militaire.

Dernier trimestre 1915, 93e RI, blessé par balle en Champagne

Le 6 octobre 1915, alors qu’il est soldat au 93e RI, Guillaume Garrec est évacué sur l’hôpital Ste Marie du Puy en Velay pour « plaie par balle, région antérieure épaule droite blessé le 4 oct 1915 parties molles seules intéressées. Lésions imputables aux opérations militaires du front ».

Le 8 octobre, il écrit à son jeune fils :

« je t’envoie ces quelques mots pour t’annoncer que je suis blessé d’une balle à l’épaule droite. ce n’est pas grave mais assez pour partir des tranchées ce qui fait plaisir car je t’assure que le 25 jour l’attaque et les jours qui ont suivi, ce n’est pas la noce. nous avons perdu plus de la valeur de deux bataillons. j’ai été blessé le 4 de ce mois. j’avais la tête dans le créneau quand la balle a ?? le mur à côté heureusement pour moi que ce boche n’avait pas bien visé le créneau sans cela il me cassait la tête. ce doit être une balle de mitrailleuse elle est plus longue que les autres ».

8 octobre 1915, carte écrite à son fils. Collection M. Cotty

8 octobre 1915, carte écrite à son fils. Collection M. Cotty

Depuis fin août 1915, le 93e RI est en Champagne, dans le secteur de la Truie, proche de Mesnil-les-Hurlus, où il participe à une offensive de grande ampleur, déclenchée le 25 septembre et dans laquelle plusieurs Quéménévénois vont laisser la vie. Voir l’article sur la seconde bataille de Champagne.

À la date du 4 octobre, dans le Journal de Marche et d’Opérations du 93e RI, il est noté « les 7e et 8e compagnies quittent leurs tranchées à 8 heures pour rejoindre le reste du régiment autour de la Truie et s’installent dans la grande transversale ». Ces deux compagnies occupaient depuis le 1er octobre la tranchée de 1ère ligne, en relève du 21e territorial.

Guillaume ressort de l’hôpital du Puy-en-Velay le 14 décembre 1915 en « bon état un peu de congestion à la base gauche en arrière ».

Certificat de visite - 14 décembre 1915. Collection M. Cotty

Certificat de visite – 14 décembre 1915. Collection M. Cotty

Son régiment est toujours en Champagne sous les fréquents bombardements. Le 23 avril 1916, le 93e quitte la région de Tahure pour quelques jours de repos, puis prend un secteur calme et bien organisé près de Mourmelon.

juin 1916 – mai 1918, les secteurs se succèdent pour le 93e RI

Le 24 mai 1916, le régiment quitte le secteur pour celui de Verdun où il restera jusqu’en février 1917, alternant périodes de cantonnements et périodes en 1ère ligne, plus ou moins meurtrières, dans des conditions parfois très difficiles.

Fin mars 1917, dans la région de Soissons, le 93e RI relève et suit les éléments ayant suivi l’ennemi. Mi avril, il occupe une première fois le plateau du Chemin des Dames, où il participe à l’offensive Nivelle, livrant une attaque qui lui vaudra une citation à l’ordre de l’armée.

Assaut français sur le Chemin des Dames (Archives du Queensland, Australie) – source Wikipedia

Fin juin 1917, le 93e RI est envoyé dans la région de Saint-Quentin sur la rive gauche de la Somme. Il y reste jusqu’au premier septembre, alternant période de réserve et période en ligne. Aucun évènement marquant n’est relevé pour le 93e RI pendant cette période.

Le 24 septembre 1917, le régiment est de retour sur le plateau du Chemin des Dames, au-dessus du village d’Ostel.

Jusqu’à fin mai 1918, les compagnies alternent périodes de tranchées et courtes périodes de repos. Les périodes de tranchées sont occupées aux travaux de réfection et d’organisation des boyaux, aux patrouilles, à quelques coups de mains dans des conditions parfois très pénibles.

En janvier, « la température très rigoureuse au cours des semaines précédentes, se relève et, au froid, succède la pluie. Tranchées et boyaux creusés dans un sol bouleversé s’éboulent, les pistes deviennent impraticables. Bien que l’ennemi demeure inactif, jusqu’au 25 janvier, date de la relève, s’étend une période de fatigues comparables à celles des plus mauvais jours. » peut-on lire dans l’historique du régiment.

On y apprend aussi que début février, le 101e régiment d’infanterie américain vient dans le secteur « accomplir un stage dans un secteur réel. (…) La différence de langues rend les rapports difficiles, mais grâce à une extrême bonne volonté de part et d’autre, on finit par se comprendre. Les compagnies américaines défilent ainsi successivement, remplaçant une compagnie française dans les bataillons en ligne. »

À partir du 19 mars, le régiment occupe à nouveau le secteur de la Royère, Filain, Pargny-Filain, les Batis.

Carte du Chemin des Dames - Portail du Chemin des Dames

Carte du Chemin des Dames – Portail du Chemin des Dames

Deux permissions

Dans son livret militaire, il est noté que Guillaume Garrec obtient une permission de 12 jours, du 26 novembre au 12 décembre, sans précision de l’année. Il est alors soldat à la 9e compagnie du 93e RI. Cette permission se situe en 1916 ou 1917.  En effet, fin novembre, en 1914, il est au 148e RI, et en 1915, il est hospitalisé.

Début mai 1918, il bénéficie probablement d’une nouvelle permission. Il y fait allusion dans une lettre adressée à son épouse le 21 mai 1918. « Il y a huit jours de hier que je vous ai quittée ma chère Marie-Anne, je n’ai pas encore reçu de vos nouvelles. »

Cette lettre, il l’écrit une semaine tout juste avant son décès.

L’attaque du Chemin des Dames, 27 mai 1918

Le 26 mai après-midi, le 93e RI est prévenu qu’une attaque ennemie de grande envergure va être lancée le lendemain, pour la reprise du Chemin des Dames.

La VIIe armée allemande a massé plus de 40 divisions sur une trentaine de kilomètres d’un front défendu seulement par 8 divisions françaises et 3 divisions britanniques qui viennent d’arriver dans ce secteur réputé calme, après les durs combats dans le Somme.

« À 1 heure du matin, le tir de préparation ennemi se déclenche sur tout le front et atteint en quelques minutes, une intensité rarement vue jusqu’alors, mélange de fusants et d’obus toxiques nombreux. Dès le début, les difficultés de liaison se font sentir les lignes téléphoniques sont coupées tout autour du P.C. Chamois (P.C. du colonel), violemment pris à partie. Les antennes de T. S. F. sont brisées. Les coureurs, sous les nappes de gaz, ne circulent que péniblement. » peut-on lire dans l’Historique du régiment.

À partir de 3h40, les troupes d’assaut allemandes franchissent l’Ailette et cachées par les fumigènes s’infiltrent dans les tranchées françaises. Les groupes de combats sont décimés.

À 5 heures, les Allemands sont maîtres des hauteurs du plateau. Toute la matinée, la lutte est âpre. Mais en nombre très supérieur aux compagnies françaises, l’ennemi submerge les carrières et entrave les tentatives de repli. À partir de 10 heures, ils atteignent l’Aisne dont les ponts n’ont pas été détruits, puis la Vesle.

L’offensive reprend le 28 en direction de Soissons où les Allemands pénètrent dans la soirée. En 48 heures, ils ont progressé de 16 à 20 kilomètres. Trois jours plus tard, les troupes allemandes sont à Château-Thierry, sur la Marne et à 70 kilomètres de Paris, comme en septembre 1914.

Dans la soirée du 27 mai, au rassemblement, le 93e RI ne compte plus que 16 officiers, 15 sous-officiers et 142 hommes. Au cours de cette journée, l’ensemble de la 21e division avait perdu 6500 hommes, officiers, sous-officiers et soldats.

Guillaume Garrec, grièvement blessé, se retrouve comme tant d’autres côté allemand. Il est évacué sur l’hôpital de Besny-et-Loizy, à proximité de Laon, où il décède le lendemain, 28 mai 1918. Il était alors caporal au 93e RI.

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Inhumation

Guillaume Garrec est inhumé à la nécropole nationale de Soupir 1, dans l’Aisne, tombe 3816. Son décès est retranscrit le 21 mai 1922 à la mairie de Quéménéven.

Cette nécropole nationale a été créée à partir d’un cimetière édifié au cours du conflit à proximité d’un poste de secours où avaient été inhumés des combattants français et allemands. Le regroupement de corps provenant de divers cimetières du Chemin des Dames y a été entrepris dès 1920. Mais face à la découverte de nouveaux corps, la création d’une seconde nécropole (Soupir n°2) a été nécessaire en 1934.

La nécropole de Soupir 1 abrite, sur 27 773 m2, 7 808 corps dont 4 720 en tombes individuelles et 3 088 dans les 3 ossuaires.

Nécropole de Soupir 1 sur le site Chemins de Mémoire


Sources

Documents familiaux – collection Michèle Cotty

Etat-Civil de Quéménéven

Sa fiche sur la base des Morts pour la France (Mémoire des Hommes) :

Historique du 93e régiment d’infanterie sur le site http://www.93eri.fr

Portail du Chemin des Dames : http://www.memorial-chemindesdames.fr

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