Deux frères confrontés aux impitoyables conseils de révision

bonne-soeurLes parcours des deux frères Chevalier, Jean-Marie l’aîné de la fratrie, et Mathurin le plus jeune, illustrent la nécessité dans laquelle s’est trouvée l’armée française de trouver les effectifs nécessaires pour faire face aux besoins au front mais aussi à l’intérieur.

Jean-Marie (classe 1902), évacué 4 fois pour blessure et renvoyé au front à chaque fois, est définitivement évacué pour maladie en avril 1918.

Mathurin (classe 1914), d’abord ajourné pour faiblesse, est finalement mobilisé avec ceux de la classe 15. Evacué avec un diagnostic de tuberculose en février 1916, il est réaffecté au service auxiliaire, et y sera maintenu jusqu’en septembre 1917.

Tous deux meurent de tuberculose, Mathurin en 1920 et Jean-Marie en 1922.

Jean Marie Chevalier (1882-1922)

Jean Marie Chevalier naît le 18 septembre 1882 à Kerviahet, Plonévez-Porzay. Il est l’aîné des six enfants de Jean Louis et de Marie Moan.

Avant la guerre

Cheveux et yeux bruns, il est de taille moyenne (1,67m) et a un niveau d’instruction de fin d’école primaire.

Ajourné pour faiblesse en 1903, il est jugé Bon pour le service en 1904, et incorporé le 16 avril 1904 au 6e régiment d’infanterie coloniale. Il y effectue son service militaire jusqu’au 18 septembre 1906, et reçoit un certificat de bonne conduite.

Le 27 avril 1907, il épouse à Plonévez-Porzay, Marie Louise Boulbria. Ils auront au moins un fils. En novembre 1907, ils déménagent à Quéménéven. Et en 1911, lors du recensement, Jean Marie Chevalier vit avec sa femme et son fils à Kerhaël, avec ses parents et ses frères et soeurs, dont son frère Mathurin.

Pendant la guerre

Mobilisé le 13 août 1914 au 2e Régiment d’infanterie colonial de Brest, il part au front le 5 septembre 1914.

Il est blessé le 15 septembre 1914 à Ville-sur-Tourbe par de éclats d’obus dans le dos.

Evacué puis soigné, il regagne le dépôt du 2e RIC le 1er octobre 1914.

Jean-Marie repart au front le 30 novembre 1914.

Il est à nouveau blessé le 6 décembre au Bois de la Gruerie en Argonne, et perd probablement le pouce de sa main droite (éclat d’obus au pouce main droite).

Evacué et soigné, il regagne le dépôt du 2e RIC le 8 février 1915.

Le 19 mars 1915, il passe au 5e RIC de Lyon.

Il est blessé le 30 mai 1915 dans le secteur du Four de Paris (Argonne), et évacué pour « plaies superficielles aux deux pieds par éclat de bombe ».

A nouveau évacué et soigné, il regagne le dépôt du 5e RIC le 4 août 1915, et repart au front le 17 décembre 1915.

Le 29 juillet 1916, il repasse au 2e RIC. Et le 8 septembre 1916, il est une nouvelle fois blessé dans le secteur de Barleux et est évacué pour une plaie à la cuisse par éclat d’obus. On ne sait pas ici s’il regagne le front ou non.

Evacué malade le 20 avril 1918 pour « bronchite bacillaire contractée en service commandé », il est proposé pour la réforme n°1 (avec gratification) par la commission de réforme de Nîmes du 5 octobre 1918 pour « tuberculose pulmonaire avec infiltration du sommet droit ».

Il est finalement admis à la réforme n°1 avec gratification de 500fr par la commission médicale du 18 février 1919, notifié le 4 mars 1919.

Jean-Marie se retire à Quéménéven en 1919.

Il meurt à son domicile à La Laiterie le 21 mars 1922

Après son décès

Jean Marie Chevalier est déclaré mort pour la France le 17 juin 1922, sur avis du commandant  du bureau de recrutement de Quimper.

Mathurin Chevalier (1894-1920)

Mathurin Marie Chevalier naît le 7 mai 1894 à Kerviac’het en Plonévez-Porzay. Il est le plus jeune fis de Jean Louis, cultivateur et de Marie Moan.

Avant la guerre

En 1911, lors du recensement, il est cultivateur chez son père à Kerhaël, en Quéménéven.

Cheveux châtains, yeux bleus, légèrement plus grand que la moyenne (1,68m), il sait lire et écrire.

Il n’est pas mobilisé en septembre 1914, avec ceux de la classe 1914. Au moment du conseil de révision, il avait été ajourné pour un an pour faiblesse (matricule 870 au recrutement de Quimper).

Pendant la guerre

Mais, dès le décret du 9 septembre 1914, les réformés et exemptés d’avant guerre sont rappelés devant le conseil de révision. Puis aux conseils de révision de la classe 15, à l’automne 1914, ce sont les ajournés des classes 1913 et 1914 qui sont appelés à une nouvelle visite.

Mathurin Chevalier est alors incorporé, le 15 décembre 1914, au 137e régiment d’infanterie. Il arrive au corps le 17 décembre 1914. On ne sait pas s’il reste au dépôt ou s’il rejoint le Front (Pas d’indication « service armé » sur sa fiche matricule).

Le 137e, rattaché au 11e corps d’armée, occupe alors le secteur de Lassigny-Serre dans la Somme, et occupera ensuite différents secteurs de la Somme et de l’Oise.

Le 15 juin 1915, Mathurin passe au 37e RI en renfort alors que ce régiment participe à l’offensive en Artois, très meurtrière pour le 37e RI. En juillet-aout, le régiment est en Lorraine, puis de septembre à décembre participe à la bataille de Champagne avant de retourner en Lorraine.

Mathurin Chevalier est réformé temporairement par la commission de réforme de Troyes du 26 février 1916 pour « bronchite bacillaire ».

Il est évacué et rentre à Quéménéven.

Mais l’armée a besoin de toujours plus de troupes et les conditions de dispense deviennent drastiques. Ainsi, malgré un diagnostic de tuberculose, la commission de réforme de Quimper du 31 mai 1916 le classe service auxiliaire pour « bronchite des sommets », autre appellation de la tuberculose.

Il est alors rattaché au 3e régiment d’artillerie à pied à partir du 13 juin 1916.

Maintenu service auxiliaire, inapte définitif à servir au combat par la commission de réforme de Brest le 11 septembre 1917, il est finalement réformé n°2 par décision de la commission de réforme de Brest du 25 septembre 1917 pour « bronchite chronique, ancien réformé temporaire, non imputable au service ».

Il se retire à Quéménéven avec un certificat de bonne conduite.

La commission de réforme de Quimper du 9 janvier 1920 le réforme définitivement et le propose pour une pension de 100% sur pièces. Il n’en profitera guère.

Il meurt le 8 mars 1920 à Kerhaël, dans ses foyers. Le décès est déclaré à la mairie de Quéménéven par son frère Jean Marie.

Après son décès

Bien que son nom figure sur le monument aux morts, la mention Mort pour La France n’apparaît pas sur son acte de décès.

Sources

Registres d’état-civil de Quéménéven

Jean-Marie Chevalier : Fiche matricule, AD du Finistère (1R-1290 – 1902)

Mathurin Chevalier : Fiche matricule, AD du Finistère (1R-1518 – 1914)

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