Rechercher les soldats d’une commune morts pour la France : croiser les sources

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Quéménéven n’échappe pas à la règle. Les soldats à qui la mention “Mort pour la France” a été octroyée n’ont pas tous été inscrits sur les deux monuments aux morts de la commune. Et les recherches dans la base des Morts pour la France du site Mémoire des Hommes ne suffisent pas pour tenter d’être exhaustif.

L’examen des registres de décès de la mairie avait permis de repérer 5 soldats “Morts pour la France” dont le nom n’a pas été reporté sur le monument aux morts (voir article sur les monuments aux morts). Récemment le Livre d’or des Morts pour la France mis en ligne par les Archives Nationales a permis d’en identifier un autre.

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La trêve de Noël 1914

noel1914« tant qu’on sera ici on ne craint pas les balles ni les obus comme on faisait à Vienne-le-Chateau, où on travaillait dans les mines à 3 ou 4 mètres des tranchées boches, on les entendait parler et chanter dans leurs tranchées surtout le jour de Noël ils chantaient comme des fous ils devaient être tous sou ce jour-là, ils n’ont pas tiré un coup de fusil ni de notre côté non plus. » extrait d’une lettre écrite à son épouse en janvier 1915 par Jean Gourtay, forgeron à la gare de Quéménéven, soldat au 11e bataillon territorial du génie.

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L’après-guerre

Soissons détruite. Source wikimedia commons

Des lendemains de l’armistice jusqu’en mars 1921, cinq millions d’hommes rentrent dans leurs foyers de façon échelonnée, tout en restant soumis à une éventuelle reprise du service. Les classes 1912 et 1913 sont démobilisées à l’été 1919 tandis que les dernières classes mobilisées ne le seront qu’en 1920 et 1921.

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1918 – le dénouement

Des soldats canadiens célèbrent leur victoire à Vimy, vers 1918 – Archives publiques de l’Ontario

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Jean Gourlay (1882-1916) – Vauquois

Jean Gourlay. Coll. personnelle M-T Oliveau

Jean Gourlay. Coll. personnelle M-T Oliveau

Jean Gourlay naît à Brunguennec, Quéménéven le 03 mars 1882. Il est le fils aîné de Jean, cultivateur et de Marie Jeanne Le Bihan.

Brun, aux yeux gris, Jean est très grand pour l’époque (1m72). Il fait son service militaire du 16 novembre 1903 au 18 septembre 1906 dans le 62e régiment d’infanterie de Lorient (matricule 2610 au recrutement de Quimper).

Sur son livret militaire, il est noté qu’il sait lire et écrire, qu’il est un « assez bon tireur » mais que, comme la plupart, il ne sait pas nager.

En 1911, lors du recensement, il a 29 ans et est cultivateur à Brunguennec, chez son père. Le 28 mai de la même année, il épouse Marie Anne Provost à Quéménéven. Ils auront deux filles, Marie née en avril 1912 et Anne, née en janvier 1916.

Pendant la guerre

Il est mobilisé le 20 août 1914 et passe au 46e régiment d’infanterie le 5 octobre 1914 puis au 89e régiment d’infanterie le 30 octobre 1915. Ces deux régiments constituent la 19e brigade de la 10e division d’infanterie.

Il est tué à l’ennemi le 10 mars 1916, à Boureuilles, aux Cotes Fourimont, près de Neuvilly-en-Argonne dans la Meuse. Il est alors soldat dans la 1ère compagnie du 1er bataillon du 89e régiment d’infanterie.

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Hervé Mauguen (1885-1916) – le dernier des 3 frères

Coll. J-Y Le Page

Coll. J-Y Le Page

Hervé Mauguen perd la vie le 15 septembre 1916, deux ans jour pour jour après son frère aîné, François, et 17 mois après son plus jeune frère, Yves. Né le 6 avril 1885, au lieu-dit Talagroas, Kergoat en Quéménéven, Hervé est le troisième garçon de François, bedeau et de Marie Françoise Le Bihan.

Après avoir fait son service militaire dans le 118e régiment d’infanterie, comme en témoigne la photo ci-contre, le 8 janvier 1912, il épouse Marie Louise Louboutin, à Quéménéven. Il est alors cultivateur. Leur fille Louise naît en octobre 1912.

Etant de la classe 1905, il est sans doute mobilisé début août 1914 (matricule 3059 au recrutement de Quimper).

Hervé Mauguen est tué à l’ennemi le 15 septembre 1916, à 31 ans, à Belloy-en-Santerre, dans la Somme. Il est alors soldat dans la 6ème compagnie du 87e régiment d’infanterie.

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1917 – L’épuisement

BDIC – Un de la territoriale, 1920. Gaston Lavy. Tome 3, page 36.

Après deux ans et demi de guerre, de trop nombreux assauts meurtriers pour quelques centaines de mètres gagnées puis reprises, de trop nombreux morts, de trop nombreux blessés, les troupes s’épuisent. Année décisive pourtant avec l’entrée en guerre des Etats-Unis.

Douze soldats de Quéménéven trouvent la mort en 1917

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Des cultivateurs qui laissent 42 orphelins

Coll. Y Le Grand

Coll. Y Le Grand

” Les catastophes tuent tout le monde, les épidémies déciment les enfants et les vieillards, il n’y a que les guerres pour massacrer les jeunes gens en si grand nombre” (Pierre Lemaitre, Au Revoir Là-Haut, prix Goncourt 2013)

L’image collective du Poilu de 14-18 est celle d’un homme jeune qui combat ardemment, davantage celle d’un fils ou d’un frère que celle d’un père. Pourtant la réalité est bien plus nuancée. On pourrait prendre l’exemple de Jean-Marie Quintin, tué en 1915 à l’âge de 37 ans, père de 5 enfants ou de Jean-Marie Quelven, mort en 1916 à 41 ans, père de 4 enfants.

La guerre 14-18 laisse à Quéménéven au moins 42 orphelins et 31 jeunes veuves.

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1916 – La guerre totale

Près de Douaumont, déc. 1916 (source Hérodote)

Ma place était dans le poste d’écoute, le plus près des Boches, car il leur est difficile de le toucher sans démolir leurs propres postes. De là-haut je dominais tout le champ, le spectacle quoique triste était beau. J’entendais le départ des minens, je les voyais en l’air et au moment où ils tombaient je m’enfonçais dans mon poste. Je t’assure qu’ils s’écrasent bien. Toute la cote en est remuée, les cailloux, les planches (je ne dis pas les arbres car il n’y en a plus de trace) volaient en l’air. De notre côté les bombes à ailettes de 100 kg partaient par 3,4 et allaient secouer les côtes à Fritz. Les nôtres valent bien les leurs (…)” Yves Trellu, 21 juillet 1916, extrait d’une lettre à son frère François.

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François Mauguen (1880-1914) – le 1er des trois frères

coll. Famille Mauguen, Kergoat

coll. Famille Mauguen, Kergoat

François Corentin Marie Mauguen naît le 14 mai 1880 à Talagroas (Croix de Pellein), Kergoat, Quéménéven. Il est le fils aîné de François, cultivateur et bedeau, et de Marie Françoise Le Bihan.

Il est tué à l’ennemi le 15 septembre 1914 à Ville-sur-Tourbe dans la Marne. Il est alors caporal au 2ème régiment d’infanterie coloniale de Brest.

Ses frères, Yves et Hervé, trouveront eux aussi la mort pendant cette 1ère guerre, Yves en avril 1915, et Hervé, deux ans jour pour jour après son frère François, le 15 septembre 1916 dans la Somme.

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