Juin 1918, sur le front italien

frontorient

La guerre 14-18 évoque surtout les assauts meurtriers, les tranchées, l’attente, la boue, les gaz, les mines, Verdun, la Somme, la Marne, l’Argonne, le face à face de soldats enterrés, le front occidental de la frontière Suisse à la mer du Nord. Il y eut pourtant bien d’autres terrains d’opération, dans cette première guerre véritablement mondiale.

Ainsi, deux soldats de Quéménéven périrent sur le front d’Orient, dans les Balkans, et l’un Yves Jain sur le front italien.

Bataille du Piave

Le 23 mai 1915, l’Italie déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie à la suite des promesses de gains territoriaux que les Alliés lui firent dans le cadre du Traité de Londres. Les combats se déroulent sur l’arc alpin, 650 kilomètres de territoires montagneux allant du plateau de l’Asiago, en passant dans les Dolomites et les Alpes de Carinthie, puis le long du fleuve Isonzo jusqu’à la Mer Adriatique.  En 1915 et 1916, les combats se succèdent avec de lourdes pertes mais sans changement notable du front.

Source wikimedia

En 1917, les Austro-Hongrois au bord de l’épuisement reçoivent l’aide de divisions allemandes arrivées du front russe. Le 24 octobre 1917, c’est la bataille de Caporetto. En 4 jours, les Autrichiens progressent de 150 km en direction du sud-ouest. 350 000 soldats italiens se replient sur le Piave.

Les alliés viennent en aide aux Italiens, et en novembre 1917, des troupes françaises et britanniques commencent à affluer sur le front italien de manière consistante, 6 divisions françaises et 5 britanniques. C’est ainsi que le 18 novembre 1917, le 126e régiment d’infanterie (24e division), dans lequel Yves Jain sert comme sergent, commence à embarquer en train puis en camions pour l’Italie .
Le régiment est d’abord regroupé dans le secteur de Custozza (région de Vérone), en réserve générale avec la 24e division d’infanterie, prête à barrer la vallée de l’Adige. Il y reste presque deux mois avant d’être cantonné à 15 kms au nord de Vicence (nord-est de Vérone) en réserve d’armée avec la 24e DI.

Transport de troupes sur le plateau d’Asiago. Source L’Illustrazione italiana, 27 janvier 1918 (http://certosa.cineca.it)

Le 19 mars, la 24e division d’infanterie monte occuper une 1ère fois le plateau d’Asiago et relever la 57e division d’infanterie italienne pour un peu plus d’un mois.
Le 3 juin 1918, la 24e division remonte sur l’altipiano, et le 126e s’installe en réserve de division.

View of the Alpine Foothills, Asiago Plateau, Italy, 1918

Vue du pied des Alpes, Plateau d’Asiago, Italie, 1918 © IWM (Art.IWM ART 4498)

Le plateau – hiver 1918 (source wikimedia)

Le 12 juin, l’offensive est décidée. La 24e division attaquera avec ses trois régiments en ligne, le 50e à droite, le 126e en soutien au milieu, le 108e à gauche en liaison avec les Italiens.
De leur côté, les Autrichiens se préparent aussi à l’offensive. Les aviateurs français et les patrouilles de nuit signalent l’arrivée de convois et de troupes importantes.
Le 14 juin, le 3ème bataillon du capitaine Menard du 126e, dans lequel se trouve Yves Jain, est en soutien avec une compagnie sur la ligne principale de résistance, une 1/2 compagnie de mitrailleuses, 2 compagnies et demie dans les baraquements du Val Granezza-di-Gallio.
Dans la nuit du 14 au 15 juin, à 3 heures, les Autrichiens déclenchent un violent tir de destruction par obus explosifs et obus à gaz sur tout le front. L’artillerie française répond immédiatement.
Le 3ème bataillon reçoit l’ordre de se porter en arrière vers le PC de la division. La 11e compagnie a déjà subi de lourdes pertes. Un obus tombé dans une baraque du Val Granezza-di-Gallio dès le début du tir a tué 18 hommes et blessé 25 autres.
A 6 heures du matin, l’infanterie autrichienne franchit la crête. Le barrage d’artillerie français atteint son maximum d’intensité. la 24e DI résiste, mais à gauche les Anglais ont reculé.
L’arrivée des éléments de tête de la compagnie Fontan, incluant des éléments du 3ème bataillon du 126e RI, sur la 1ère ligne permet l’exécution d’une contre-attaque qui détermine le mouvement des lignes anglaises en avant. A 15 heures, la situation est complètement rétablie.
Vers 15 heures un obus de 150 tombe sur le poste de commandement de la division tuant le chef d’état major, 2 officiers, 7 hommes. Yves Jain était-il parmi ces tués, son acte de décès indique qu’il est décédé à « trois heures du soir » au Val Granezza-di-Gallio ? Ou a-t-il été tué dans les combats ?
L’artillerie ennemie diminue progressivement d’intensité et se tait à la tombée du jour.

Au total, plus de mille soldats français perdront la vie sur ce front italien. Leurs dépouilles, initialement enterrées dans divers cimetières provisoires de la région, ont été rassemblées dans un ossuaire situé à Pederobba, tout près du Piave, inauguré en 1937. Le nom de Yves Jain figure sur l’une des plaques de l’ossuaire.

Statuaire représentant les mères française et italienne – monument de Pederobba (source : www.montegrappa.org)

La plaque sur laquelle figue le nom d'Yves Jain

La plaque sur laquelle figue le nom d’Yves Jain. source : montegrappa.org

Val Granezza di Gallio aujourd’hui :
http://www.trekearth.com/gallery/Europe/Italy/Veneto/Vicenza/Lusiana/photo889505.htm
http://youtu.be/L9_3Ar18nqU


Sources :

– Journaux de Marche et des Opérations du 126e régiment d’infanterie et de la 24e division d’infanterie sur le site Mémoire des Hommes
– Historique du 126e RI sur la BDIC

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