Yves Le Noach, prisonnier pendant toute la durée de la guerre

L’accès aux fiches matricules permet d’éclairer le parcours des soldats pour lesquels nous avions peu d’information, notamment ceux qui sont morts après l’armistice. Ainsi nous découvrons que Yves Le Noach a été prisonnier en Allemagne pendant presque toute la durée de la guerre, tombé aux mains des Allemands le 20 septembre 1914 et interné au camp de Döberitz.

La mise en ligne des archives du comité international de la Croix-Rouge permet d’en apprendre un peu plus.

En novembre 1914, Yves Le Noach apparaît sur la liste des prisonniers du camp de Zossen, dans le Brandebourg, au sud de Berlin.

archives du CICR

Une description assez étonnante de ce camp est donnée dans le rapport de MM. Ed. Naville et V. van Berchem, Dr C. de Marval, A. Eugster sur leurs visites aux camps de prisonniers en Angleterre, France et Allemagne – Comité International de la Croix-Rouge, mars 1915 (en ligne http://grandeguerre.icrc.org/fr/Camps/Zossen/451/fr/)

« à Zossen, dans les premiers temps, les conditions ont été moins bonnes ». En janvier 1915, les rapporteurs constatent les progrès. « Le camp est de construction neuve et sera bientôt termine. Les installations sont aujourd’hui bonnes. Il y a environ 11000 français dans le camps(…). Les installations sanitaires sont excellentes, des bains des douches, ainsi qu’une blanchisserie qui a coûté 60000 mk. 

Les efforts bienveillants du commandant tendant à adoucir le sort des prisonniers sont particulièrement visibles dans ce camp. Il s’y trouve des sculpteurs, des architectes, des peintres, des musiciens, des jardiniers auxquels on témoigne beaucoup d’attentions. On a installé pour le sculpteur un atelier avec outillage, et de beaux travaux en sont sortis; le peintre fait des paysages, le jardinier embellit les emplacements devant les baraques avec de jolies mosaïques, des plantes et des pierres. Le musicien compose et fait exécuter ses morceaux ainsi que d’autres productions par un choeur de 150-200 chanteurs. Nous avons entendu 2 choeurs très réussis. Il y a en outre des ateliers pour tourneurs, traiteurs de paille, cordonniers et tailleurs. Il existe une petite bibliothèque.

Les vêtements nécessaires aux prisonniers leur sont fournis gratuitement par les autorités.

Quelques soldats se plaignirent qu’ils ne supportaient pas la soupe à l’orge, ce fut l’unique plainte. Ce qu’il y d’intéressant, c’est que les intellectuels, les artistes cultivés, tous sans exception expriment leur complète satisfaction.

Dans la forêt voisine se trouve un lazaret dans une situation idéale qui, comme beaucoup d’autres, fait la meilleure impression. Parmi les 8 médecins français, 3 seulement sont occupés. »

Sur la photo ci-dessous, on remarque les « les emplacements devant les baraques avec de jolies mosaïques, des plantes et des pierres ».

Prisonniers français sortant de leurs baraques pour l’appel du matin au camp de Zossen au sud de Berlin (http://www.historyplace.com/worldhistory/firstworldwar/ger-zossen-roll-call.htm)

Zossen, Brandebourg, Allemagne. Prisonniers de guerre français portant leur ration de soupe (ICRC, Germany, n°19)

Le 21 juillet 1915, Yves Le Noach est transféré dans le camp de Döberitz, à 28 kms à l’ouest de Berlin.

Peut-être est-il toujours au camps de Döberitz et notamment au lazaret où se trouvent les malades quand trois rapporteurs de la Croix-Rouge le visitent le 24 décembre 1918. Voici ce qu’il en est dit dans le rapport de MM. Th. Aubert, S. Horneffer, A. Mussard, Dr Meier, capitaine Hjort sur leurs visites en Allemagne de décembre 1918 à juin 1919, Comité International de la Croix-Rouge, novembre 1919 (en ligne http://grandeguerre.icrc.org/fr/Camps/Doberitz-pres-Berlin-/468/fr/) :

« Le lazaret est à une certaine distance du camp (environ 1 km). Il a ses propres cuisines et services adjoints. Les bâtiments consistent en baraques Adrian (une quinzaine) bien entretenues, d’aspect propre, sans double fenêtres mais bien chauffées. Il reste au camp environ 1500 français dont 90 sont au lazaret (…).

Les baraques Adrian du lazaret contiennent en salle commune des grippés, des rhumatisants. Une salle entière est consacrée aux vénériens. Il y en a actuellement 12 (anglais et français) tous infectés dans les Arbeitskommando (détachement de travailleurs).

Les infirmiers sont surtout des français, les Allemands sont en petit nombre. Mais la plupart des infirmiers exécutent mal leurs corvées malgré l’augmentation de leur prime depuis l’armistice (…).

Les soins médicaux sont assurés par un médecin allemand, que nous n’avons pas vue qui paraît capable mais débordé. Un jeune médecin auxiliaire français vient d’arriver (…) Les médicaments sont insuffisants surtout ceux destinés au traitement de la grippe. Nous remettons au médecin auxiliaire de l’huile camphrée et du digalène et demanderont l’envoi d’une caisse type de médicaments pour 100 malades.

Conclusion. Locaux suffisants, assez propres, bien chauffés, nourriture supportable avec adjonction des colis des prisonniers; traitements médicaux et soins pas suffisants, en voie d’amélioration. »

On ne sait pas à quel moment Yves Le Noach est rapatrié en France. Il décède le 10 mars 1919 à l’hôpital complémentaire de Mesgrigny dans l’Aube, où il était soigné pour tuberculose pulmonaire.

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1 commentaire Laissez le votre

  1. Auriol #

    Bonjour,
    Intéressant mais ne pas prendre à la lettre les rapports des neutres ni les fiches du CICR, qui sont trop parcellaires…
    Je travaille le thème depuis plus de 30 ans et j’ai publié un livre sur le système concentrationnaire allemand 14-18.
    Je reste à votre disposition.
    CDL
    J. Claude

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