Les deux frères L’Helgoualc’h

Le château de Tréfry au début de la guerre. Coll. Y. Le Grand

Le château de Tréfry au début de la guerre. Coll. Y. Le Grand

Au moment où la guerre éclate la famille L’Helgoualc’h vit à Tréfry. En 1876, Jean-Marie L’Helgoualc’h, piqueur, a épousé Marie Jeanne Cleunyou, cuisinière. Ils ont eu 8 enfants.

Leurs quatre fils, dont deux sont mariés, se trouvent engagés dans le conflit. Jean-Louis, l’aîné, trouve la mort en 1915, à Tahure dans la Marne. Le plus jeune, Joseph, est tué en septembre 1918 sur le front d’Orient, en actuelle Macédoine.

Jean Louis L’Helgoualc’h (1877-1915)

Jean-Louis L'Helgoualc'h

Coll. Yves L’Helgoualc’h

Jean-Louis L’Helgoualc’ch naît le 10 mai 1877 à Tréfry en Quéménéven. C’est l’aîné de la fratrie.

A cause de sa petite taille (1,52 m), il est exempté du service militaire. Ajourné en 1898 et 1899 pour défaut de taille, il effectue un service auxiliaire en 1900.

Cette même année, le 7 octobre 1900, il épouse Marie-Jeanne Hénaff, à Quéménéven. Leur fils unique naît en 1902. Jean Louis est alors jardinier au château.

Au recensement de 1911, Jean-Louis vit au moulin de Tréfry chez son beau-père, avec son épouse et son fils. Il est recensé comme terrassier, et apparaît comme cultivateur sur son acte de décès.

Quand la guerre éclate, il est dans la région parisienne, à Gonesse. D’abord réformé à cause de sa taille, il est finalement mobilisé le 23 avril 1915, au 151e régiment d’infanterie (qui semble être cantonné à Quimper, cantonnement d’origine Verdun), puis, le 9 juin 1915, passe au 128e (cantonnement d’origine Abbeville, cantonné à Landerneau) .

Il disparaît à 38 ans, le 31 octobre 1915 à Tahure dans la Marne. Il est alors soldat de la 13e compagnie du 328e régiment d’infanterie. Il est présumé décédé sur avis du ministère de la guerre le 23 décembre 1915.

Avec le 328e régiment d’infanterie à Tahure

Le 10 juin 1915, ce régiment, créé à Abbeville, Somme, début août 1914, quitte l’Argonne où il occupait le même secteur depuis le 20 octobre 1914. Le 16 juin, il entre dans le secteur de la crête des Eparges « dans un terrain absolument bouleversé et rempli de cadavres, soumis à des bombardements continus ; il entreprend une série de durs travaux pour l’organisation défensive de la position ».

Le 16 octobre 1915, il relève des éléments de la 105e brigade au Nord-Est de Tahure. Ce secteur, qui venait d’être conquis de haute lutte quelques jours auparavant, et dans lequel plusieurs soldats de Quéménéven avaient trouvé la mort (voir l’article sur la seconde bataille de Champagne), n’était pas aménagé. Le régiment se met activement à l’ouvrage, et jusqu’au 26, travaille dans un calme relatif.

Tahure après les batailles de 1915 - source Europeana

Tahure après les batailles de 1915 – source Europeana

Le 27 octobre 1915, commence un bombardement des positions françaises, qui se poursuit, avec une violence croissante, les jours suivants. Dans la nuit du 29 au 30, des indices certains d’attaque sont signalés.

Le 30 octobre à 8 heures, le bombardement s’intensifie, mêlant obus de gros calibre, engins de tranchée, gaz asphyxiants. Il dure 7 heures consécutives, et à 15 heures, les vagues allemandes se précipitent sur les lignes françaises, réussissent à y pénétrer mais sont arrêtées par la contre-attaques des 15ème et 16ème compagnies.

« Le lendemain 31, à 9 heures, le bombardement reprend plus terrible et plus meurtrier encore, le tir s’allonge et fait prévoir l’imminence de la ruée ; à ce moment le 4e bataillon sort de ses tranchées et se jette à la rencontre des bataillons bavarois, qu’il culbute et disperse. L’ennemi subit des pertes énormes ; épuisé, démoralisé, il regagne ses lignes pour ne plus ne sortir. »

Le 328e a perdu plus de 65 % de son effectif, dont Jean Louis L’Helgoualc’h, mais le front n’a pas bougé.

Citation (O. G. 80 IIe Armée, 12 novembre 1915):

« Sous les ordres de son chef le Lieutenant-colonel VALLIER, pendant les journées des 30 et 31 octobre 1915, soumis à un bombardement d’une violence inouïe par obus de tous calibres et gaz asphyxiants, bombardement qui bouleversa entièrement tranchées, boyaux de communication et abris et qui décima ses effectifs, en butte à des attaques violentes et répétées, menacé sur son flanc gauche, le 328e R.I., non seulement à maintenu dans son intégralité absolue le front confié à sa garde, mais encore par des contre attaques remarquables d’entrain et de vigueur, a rétabli la situation compromise à sa gauche et a fait subir à l’ennemi, des pertes énormes. Le 328e vient d’ajouter une page glorieuse à son historique » « Signé : PETAIN »

Inhumation

La nécropole nationale de Sommepy-Tahure, aménagée entre 1920 et 1924, regroupe les tombes de 2 201 soldats français dont 721 en ossuaire, disparus dans les combats à l’est de Reims. Jean Louis L’Helgoualc’h n’apparaît pas sur le relevé de la nécropole, mais on peut espérer que ses ossements soient dans l’ossuaire.

nécropole nationale de Sommepy-Tahure – source wikimedia commons

 

 Joseph L’Helgoual’ch (1894-1918)

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Coll. Nicole Hascoët

Joseph Marie Félicien L’Helgoualc’h est né le 1er octobre 1894 à Tréfry en Quéménéven. Il est plus jeune de la fratrie.

Au recensement de 1911, il a 17 ans, et est à Tréfry, chez son père garde du château, où il est déclaré comme terrassier. Cheveux châtains, les yeux gris, il est de petite taille (1,56m) et sait lire et écrire.

D’abord ajourné pour faiblesse, il est incorporé le 15 décembre 1914, avec ceux de la classe 1915 (matricule 959 au recrutement de Brest-Châteaulin).

Joseph part au front le 1er mars 1915 avec le 2e régiment d’infanterie coloniale de Brest. Il est évacué le 29 septembre 1915, probablement blessé lors d’un assaut de son régiment sur les tranchées allemandes en Champagne, dans le secteur de Souain. Après sa convalescence, il rentre au dépôt le 15 janvier 1916 et passe au 6e RIC qu’il rejoint à son dépôt à Lyon le 21 février 1916.

Le 9 mars 1916, Joseph L’Helgoualc’h part pour le front d’Orient. Pas de détail sur son parcours.  Le 12 septembre 1918, il passe au 42e RIC, 19e compagnie, dans le secteur de Salonique. Il trouve la mort à Selo Monastir en Bulgarie (actuelle Macédoine), le 19 septembre 1918. Il est alors soldat, affecté à la 19ème compagnie du 42e régiment d’infanterie coloniale.

En Bulgarie, avec l’armée d’Orient

Le 42e R.I.C. est né avec la Grande Guerre, en août 1914, à Marseille, et est alors un régiment de réserve. On ne sait pas à quel moment Joseph L’Helgoualc’h y est incorporé.

L’embarquement à destination de Salonique (actuelle Thessalonique) est effectué sur divers transports les 27-30 décembre et le 1er janvier 1917. Ils y débarquent du 6 au 10 janvier.

Le 15 janvier 1917, le régiment est mis en route par voie de terre à destination de Monastir (actuelle Bitola), en Bulgarie, où il arrive le 25, après des étapes rendues pénibles par la rigueur de la température. Le régiment, alternant avec le 44e R.I.C., tient pendant un an le sous-secteur de gauche de Monastir.

En septembre 1918, le 42e RIC participe à l’offensive de l’armée d’Orient à partir de la boucle de la Cerna en direction du Nord-Ouest, à la poursuite des troupes bulgares dont la 1ère ligne a été enfoncée le 16 septembre. Le 18 septembre, la progression est stoppée à Selo-Monastir où l’ennemi tient les positions qui dominent le village. Le pont de Selo-Monastir sur la Cerna ne peut être franchi. Le lendemain, 19 septembre, le mouvement pour franchir la Cerna commence à 18h00, et la rivière est franchie dans la nuit par les 4e et 5e bataillons qui établissent une tête de pont sur les pentes du col est de CANISTA. L’ennemi se retire vers le nord.

Au terme du 19 septembre, le régiment déplore 18 blessés parmi les hommes de troupe et 7 tués, parmi lesquels Joseph L’Helgoualc’h.

Pour en savoir plus sur cette offensive

Inhumation

Le nom de Joseph L’Helgoualc’h ne figure pas sur le relevé du cimetière militaire de Bitola (Monastir) où ont été inhumés dans des tombes individuelles 6087 soldats français tués dans le secteur. Ses ossements reposent probablement dans l’ossuaire-mémorial situé au centre du Cimetière Militaire Français où ont été ré-inhumés en 1921 les corps d’environ 7000 soldats Français de l’Armée d’Orient morts pour la France entre 1916 et 1918 sur le Front de Macédoine. Son décès est retranscrit le 2 novembre 1920 à la mairie de Quéménéven.

Ossuaire-mémorial et tombes du cimetière militaire français de Bitola, Macédoine – source Ambassade de France

Tombes du cimetière militaire français de Bitola, Macédoine – source Ambassade de France

Décorations

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Sources

Fiche de Jean-Louis L’Helgouac’h sur la base des Morts pour la France (site Mémoire des Hommes)

Fiche de Joseph L’Helgouac’h sur la base des Morts pour la France (site Mémoire des Hommes)

Registres d’état-civil de Quéménéven

Historique et JMO du 328e RI sur le site Mémoire des Hommes

JMO du 42e RIC sur le site Mémoire des Hommes

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1 commentaire Laissez le votre

  1. Ce sont mes deux grand-oncles. Sur cette photo ce n’est pas Joseph,
    mais Jean-Louis.
    Je peux fournir la photo de Joseph.

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