La bataille des frontières, 22 août 1914

Coll. Y Le Grand

Coll. Y Le Grand

Le 22 août 1914, après une longue marche de plus de 150 kilomètres vers le Nord, les régiments bretons buttent sur les troupes allemandes en Belgique. Les pertes sont désastreuses. De Quéménéven, ils sont 5 à laisser la vie sur la terre de Belgique.

Alain Daigné est soldat au 71e régiment d’infanterie de Saint-Brieuc, qui fait partie de la 19ème division d’infanterie, du 10ème corps d’armée.

Pierre Bossennec et Jean Sévère sont soldats aux 1er et 2ème régiment d’infanterie coloniale, de Cherbourg et de Brest, qui composent la 1ère brigade coloniale de la 3ème division d’infanterie coloniale, du 1er corps d’armée colonial.

Pierre-Marie Pennaneach est soldat au 118ème régiment d’infanterie de Quimper, 22ème division d’infanterie, 11ème corps d’armée. C’est à cette même 22ème division qu’est rattaché le 2ème escadron du 2ème régiment de chasseurs à cheval de Pontivy, dans lequel Jean Trellu est cavalier.

Au total, ils seront plus de 20 000 soldats français à perdre la vie le 22 août 1914.

Face à face

En août 1914, les troupes allemandes se déploient selon un plan stratégique (plan Schlieffen) qui concentre la majeure partie des armées allemandes à l’ouest (sept armées face aux Français et une seule face aux Russes), et prévoit le passage par la Belgique, en allant jusqu’à Bruxelles, pour déborder les armées françaises du nord-est et les couper de leurs arrières.

la bataille des frontières, août 1914

L’état-major français sous-estime la probabilité de cette invasion de la Belgique par les Allemands et ne l’envisage qu’au sud de l’axe Meuse-Sambre, considérant que les Allemands n’auront pas assez de troupes pour aller plus au nord, sans dégarnir la Lorraine.

Le plan français, dit plan XVII, organise donc la concentration de l’armée française plus à l’est, positionnant face au sud-est de la Belgique la 5ème armée. A partir du 19 août, les armées françaises se préparent à la bataille. Des forces allemandes importantes sont signalées dans le Luxembourg et en Belgique, et Bruxelles est occupée. Convaincu que l’ennemi ne peut compter beaucoup de troupes, le commandement français pénètre le sud de la Belgique avec pour objectif de couper en deux le dispositif ennemi. Voici comment nos cinq quéménévénois, et tant d’autres, se retrouvent engagés dans les combats.

réalisé à parti d'un fond de carte de http://d-maps.com

réalisé à parti d’un fond de carte de http://d-maps.com

 Arsimont, 21 août 1914

Région d’Arsimont – Ancienne carte d’état-major http://www.sambre-marne-yser.be

Le 71e RI quitte Saint Brieuc le 5 août 1914 en train pour les Ardennes, où il cantonne jusqu’au 15 août au sud de Charleville-Mézières. Il compte 193 officiers et 3142 hommes de troupe, parmi lesquels Alain Daigné, 21 ans, journalier, dont le père  est tisserand à Lendu Vian.
Le 16 août le corps d’armée se porte vers le nord en 2 colonnes. La 19ème division forme la colonne de gauche, et le 71ème RI forme le gros de la colonne.
Le 17 août, à marche forcée, les colonnes entrent en Belgique, et atteignent la Sambre entre Namur et Charleroi le 19 août. Des cavaliers allemands sont aperçus mais s’enfuyant.
Le 21 août, alors que la 19ème division organise ses positions sur la Sambre, les Allemands tentent plusieurs attaques pour s’emparer des ponts tenus par les Français.
A 16h00, le général commandant la division donne l’ordre au 71ème de contre-attaquer, avec pour objectif Arsimont, pour contenir les troupes allemandes qui débordent la gauche du 70ème.

Vers 19h00, alors qu’il fait presque nuit, le 71ème intervient dans l’action : un bataillon entre dans Arsimont, deux bataillons contournent le village à l’est et à l’ouest pour rejeter l’ennemi. Les compagnies se déploient à découvert, mais les maisons du village sont occupées par les Allemands qui fusillent les fantassins au passage. Les pertes sont très importantes, parmi lesquelles le soldat Alain Daigné. Et, après avoir réussi à reprendre l’offensive au nord d’Arsimont, les troupes engagées sont obligées de se replier pour se réorganiser.

Pour en savoir plus sur Les combats d’Arsimont, épisode de la bataille de Charleroi

Rossignol, 22 août 1914

Le 1er Régiment d’Infanterie Coloniale quitte Cherbourg le 7 août pour les environs de Bar-le-Duc dans la Meuse, et avec lui, Pierre Bossenec, 32 ans, tailleur d’habit et célibataire, né au Goulit ar Hoat. Le 2ème RIC, avec ses 3326 hommes et 69 officiers, quitte Brest le 8 août pour la zone de Bar-le-Duc. Il compte dans ses rangs, Jean Sévère, 21 ans, qui était lors du recensement de 1911, domestique meunier à Kerligonan.

Ces deux régiments constituent la 1ère brigade coloniale de la 3ème Division d’Infanterie Coloniale qui sera décimée à Rossignol, ce 22 août 1914.

Troupes coloniales en manœuvre, août 1914 Site de l’Amicale des Anciens du 2ème RIC

A partir du 11 août, la 3ème DIC entame une marche de près de 140 kms vers le Nord à la rencontre de l’ennemi entré en Belgique.

Le 21 août, le 1er RIC, avant-garde de la 3ème division coloniale, entre en Belgique, à Meix, après une marche de nuit éreintante, sous la pluie, depuis Chauvency le Château. Au moment de l’entrée de l’avant-garde dans Meix, un détachement d’une cinquantaine de cavaliers allemands se dérobe à toute allure, vers le nord.
Le 1er RIC continue sa marche sous la pluie, vers le Nord pour arriver à Saint-Vincent vers minuit. Aux dires des habitants, le village avait été occupé dans la journée par des fractions allemandes de toutes armes qui occupent encore les fermes au nord du village.

Le 22 août, l’ordre est donné de reprendre la marche vers le Nord avec les mêmes dispositions que la veille. Le 1er RIC forme l’avant-garde avec un peloton de chasseurs d’Afrique et un groupe d’artillerie et marche à environ 1500m du 2ème RIC formant la tête du gros de la division. Objectif : rejoindre Neufchâteau en passant par la clairière de Rossignol.
Les hommes sont fatigués par deux marches de nuit consécutives séparées par une journée au cours de laquelle ils avaient manœuvré à travers champs par une température très chaude. Ils n’ont pas mangé depuis 24 heures à cause des déplacements continuels. Ce matin-là le départ est si brusque qu’ils n’ont pas le temps d’avaler leur café.

Vers 7h45, le gros de l’avant-garde s’engage dans le village de Rossignol et les chasseurs essuient les premiers coups de feux depuis un bois voisin. Le général commandant la Division commande avec insistance de pousser en avant, dans la forêt de Neufchâteau, sans se laisser intimider par ces tirs des patrouilles de cavalerie allemandes.
Les renseignements de l’armée indiquaient que, devant les colonnes, ne se trouvaient que de la « cavalerie démoralisée », informations contradictoires avec celles des habitants qui laissaient supposer que les troupes allemandes étaient proches et en force.
La surprise fut donc totale, les troupes allemandes ayant tout fait pour passer inaperçues. Les cantonnements avaient été abandonnés pour se dissimuler dans les bois profonds et y bivouaquer en attendant l’offensive française.

Vers huit heures, la tête de l’avant-garde toute entière avait pénétré dans la forêt poussant devant elle quelques patrouilles ennemies qui se repliaient rapidement. Les cavaliers de tête ne tardaient pas à refluer sur l’arrière, un feu assez intense commençait à battre la route.
Bientôt le combat prit une grande intensité. Le 1er RIC s’était heurté à des tranchées dissimulées dans la forêt et défendues par de l’infanterie et des mitrailleuses. Après une lutte très violente, et plusieurs charges successives, les tranchées les plus avancées furent enlevées à la baïonnette, mais les troupes exposées à des feux d’enfilade subirent en quelques instants de fortes pertes.

Menacées d’être encerclées par l’infanterie allemande, les troupes qui résistaient encore dans les bois se replient en lisière sud, position tenue par le 2ème RIC mais soumise à un feu violent jusqu’à 15h00.

Rossignol après les bombardements http://horizon14-18.eu/cimetieres-rossignol.html

Une tentative de retraite vers la partie est du village se solde par un échec. La troupe est assaillie par une telle grêle de projectile de toutes sortes qu’elle se fractionna en un grand nombre de petits groupes qui se dispersèrent dans tous les couverts du terrain.
La 3ème DIC était totalement encerclée.

A la faveur de la nuit, quelques 300 hommes purent rejoindre les lignes françaises. Le 23 août au matin, le 1er RIC comptait 80 hommes et le 2ème RIC, 200. 24 heures plus tôt, la 3ème Division d’Infanterie Coloniale comptait près de 13 600 hommes. Plus de 5000 hommes, dont un grand nombre de blessés, et une centaine d’officiers furent fait prisonniers. Près de 8000 y laissèrent la vie.

Pour en savoir plus sur la bataille de Rossignol

Maissin-Paliseul, 22 août 1914

Le 118ème régiment d’infanterie de Quimper est mobilisé le 7 août 1914. Il compte 55 officiers, 3320 hommes de troupe, 12 éclaireurs montés fournis par le 2ème chasseurs et 186 chevaux. Parmi eux, le soldat Pierre-Marie Pennaneac’h, 21 ans, et le cavalier Jean Trellu, 24 ans, journalier. Avec le 19ème RI de Brest, le 118ème RI constitue la 44ème brigade de la 22ème division d’infanterie, la 43ème brigade étant constituée par le 62ème régiment d’infanterie de Lorient et le 116ème régiment d’infanterie de Vannes.

Le 8 août, le 118ème embarque en gare de Quimper pour les Ardennes, où il cantonne à Croix-Aux-Bois. Sa montée vers le Nord se déroule par à-coups à partir du 14 août, avec la 22ème division d’infanterie qui constitue la colonne de gauche du 11ème corps d’armée.
Le 20 août, l’avant-garde de la division (62e RI et 116e RI) entre en Belgique dans la région de Dohan, et le 21 août, c’est toute la 22ème division qui se porte dans la région de Dohan-Bertrix.

Le 22 août, l’avant-garde de la 22ème division a ordre de garder ses positions de Bertrix jusqu’au passage du 17ème corps d’armée, après quoi elle doit se porter sur Paliseul.
Pendant ce temps, le 11ème CA fait un mouvement d’appui vers l’ouest. Le 118ème RI entre dans la colonne de marche vers 8h30. Il constitue la tête du gros de la colonne, le 19ème en constituant l’avant-garde.
Le 118ème passe Paliseul à midi, direction Maissin, alors que le 19ème ignorant les ordres d’attendre l’artillerie est entré dans Maissin où il est arrêté par de violents feux de batterie. Les bataillons du 118ème sont placés. Le 2ème bataillon intervient en soutien au 19ème RI sous le feu intense de l’artillerie allemande qui empêche la progression des différentes compagnies.
En début d’après-midi toute la 22ème division est engagée. Vers 15h00, un bataillon du 116ème et un autre du 62ème viennent en renfort. Les pertes sont sévères sous le feu violent de l’artillerie et des mitrailleuses. Vers 18h00, deux contre-attaques françaises sont lancées par plus de 500 hommes. Maissin est repris à la baïonnette.

La 21e division occupe le plateau au nord-ouest de Maissin, la 22e occupe le village. Pendant près de 24 heures le XIème corps d’armée bloque le passage des Allemands. Mais le général commandant le 11ème corps d’armée craint d’être trop avancé par rapport aux autres C.A. Pour éviter l’encerclement., il donne l’ordre de retraite.
Près de la moitié du régiment manque quand, à 4 heures le 23 août, tous les éléments de la division quittent Paliseul pour Bouillon.

pour plus de détail sur les combats de Maissin-Paliseul

Tombe collective à Maissin (wikimedia)


Sources  :

Sur le site Mémoire des Hommes
– JMO du 118ème régiment d’infanterie
– JMO de la 43ème brigade (116ème RI et 62ème RI)
– JMO des brancardiers de la 22ème division d’infanterie
– JMO du 1er RIC
– JMO de la 3ème division d’infanterie coloniale

Sites divers :
http://www.sambre-marne-yser.be
http://www.rossignol.free.fr
mémorial de Poiré sur Vie

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