François Mauguen (1880-1914) – le 1er des trois frères

coll. Famille Mauguen, Kergoat

coll. Famille Mauguen, Kergoat

François Corentin Marie Mauguen naît le 14 mai 1880 à Talagroas (Croix de Pellein), Kergoat, Quéménéven. Il est le fils aîné de François, cultivateur et bedeau, et de Marie Françoise Le Bihan.

Il est tué à l’ennemi le 15 septembre 1914 à Ville-sur-Tourbe dans la Marne. Il est alors caporal au 2ème régiment d’infanterie coloniale de Brest.

Ses frères, Yves et Hervé, trouveront eux aussi la mort pendant cette 1ère guerre, Yves en avril 1915, et Hervé, deux ans jour pour jour après son frère François, le 15 septembre 1916 dans la Somme.

Avant guerre

François fait son service militaire dans la 10e compagnie du 3e bataillon du 130e régiment d’infanterie de Mayenne, voir photo ci-jointe. Il y obtient, en 1904, un certificat de bonne conduite, grâce auquel on apprend qu’il mesure 1,61 m, qu’il est blond avec les yeux bleus.

En 1911, année du recensement, il vit à Talagroas avec son épouse, Jeanne Chapalain, leur fille Marie née en 1910, et son père François. Leur fils Jean naît à la fin de l’année, en décembre 1911.

Coll. Famille Mauguen

Coll. Famille Mauguen

Quand la guerre éclate, il est mobilisé au 2e Régiment d’Infanterie Coloniale de Brest avec le grade de caporal. Il quitte probablement Brest le 8 août avec le 2ème RIC pour les environs de Bar-le-Duc dans la Meuse. Avec le 1er RIC, le 2ème RIC constitue la 1ère brigade d’infanterie coloniale, forte de près de 13 600 hommes, rattachée à la 3ème division d’infanterie coloniale.

Rossignol, 22 août 1914

A partir du 11 août, la 3ème DIC entame une marche de près de 140 kms vers le Nord à la rencontre de l’ennemi entré en Belgique. Là, le 22 août 1914, à Rossignol, la 3ème division coloniale essuie l’une des plus grandes défaites françaises.

Après deux marches de nuit consécutives séparées par une journée au cours de laquelle les troupes ont manoeuvré à travers champs par une température très chaude, et après 24 heures sans manger, le 22 août, l’ordre est donné de reprendre la marche avec pour objectif de rejoindre Neufchâteau en passant par la clairière de Rossignol. Le 1er RIC forme l’avant-garde avec un peloton de chasseurs d’Afrique et un groupe d’artillerie) et marche à environ 1500 mètres du 2ème RIC formant la tête du gros de la division.

Dès 8 heures du matin, un déluge de feu va s’abattre sur eux. Les troupes allemandes et leurs mitrailleuses sont embusquées dans les bois entre Rossignol et Neufchâteau. La surprise est totale, les troupes allemandes ayant tout fait pour passer inaperçues. Les cantonnements avaient été abandonnés pour se dissimuler dans les bois profonds et y bivouaquer en attendant l’offensive française.

Après de violents combats et de très lourdes pertes, la 3ème division d’infanterie coloniale est encerclée dans le milieu de l’après-midi. La troupe est assaillie par une telle grêle de projectile de toutes sortes qu’elle se fractionne en un grand nombre de petits groupes qui se dispersent dans tous les couverts du terrain. A la faveur de la nuit, quelques 300 hommes rejoignent les lignes françaises.

Au matin du 24 août, la 1ère brigade d’infanterie coloniale, très éprouvée, ne compte plus que 400 hommes environ sur les 13 600 hommes engagés dans la bataille de Rossignol, parmi eux François Mauguen et René Marchalot du 2ème RIC. Plus de 5000 hommes, dont un grand nombre de blessés, et une centaine d’officiers furent fait prisonniers.

source : http://1914-18.be

A partir du 25 août, la 3ème DIC se replie vers la Meuse, puis vers la Marne, en tentant de résister à la poursuite. C’est la retraite des armées françaises.

La bataille de la Marne

Le 4 septembre au soir, le commandant en chef Joffre donne ordre à toutes les armées françaises de se préparer à faire front. Du 7 au 10 septembre, la 3ème DIC participe aux combats à l’est de Vitry le François pour déloger l’ennemi retranché dans ses tranchés vers Vauclerc et Villotte.

Le 11 septembre, la 1ère brigade commence le mouvement en avant pour poursuivre les Allemands en retraite. Du 12 au 14 septembre, le corps d’armée colonial continue sa poursuite vers le nord. La 3ème DIC se dirige vers Cernay en Dormois. Le passage de la Tourbe doit avoir lieu à Ville sur Tourbe.

Le 14 septembre, vers 10h, la tête du 2ème RIC arrive à environ 200m de Ville sur Tourbe (Nord-Ouest de Sainte Ménéhould) en proie aux flammes. Elle est accueillie par une très vive canonnade, tirée par l’artillerie lourde, canonnade de plus en plus vive sur le village et sur le pont, l’empêchant de progresser pendant plusieurs heures.

En milieu d’après-midi, le commandant de brigade reçoit l’ordre de continuer le mouvement offensif. Le mouvement ne peut cependant se faire convenablement avant la nuit, le débouché du village étant couvert d’obus. Vers 19 heures, profitant de la nuit, les bataillons purent franchir la Tourbe. Ils reçurent l’ordre de continuer leur route par la lisière ouest du bois de Ville, la ferme de Touanges et ultérieurement sur Cernay-en-Dormois. les trois bataillons se perdirent dans l’obscurité et dans la forêt, et furent retrouvés vers 23 heures et ramenés à Ville Sur Tourbe.

ruines de l’église de Ville sur Tourbe

Le 15 septembre, les attaques sont reprises à 5 heures du matin. La 1ère brigade doit reprendre sa marche sur Cernay en Dormois, et le 2ème régiment reprend l’attaque la ferme de Touanges.

Mais bientôt le bataillon de tête est obligé de suivre rigoureusement la lisière, arrêté par la batterie allemande de la cote 148. Beaucoup d’hommes tombent. Le moindre mouvement, même de groupes de peu d’importance cherchant à progresser, est immédiatement le signal d’une salve très précise. Les unités du 2ème RIC ne progressent pas.

L’ordre de maintenir la position coûte que coûte est donné et des compagnies sont envoyées au sud-est du bois avec mission de répondre à une attaque qui semble venir du côté de Servon et menacer Ville-sur-Tourbe. En attendant les renforts, les troupes bivouaquent dans le bois et sous une pluie battante, sans vivres, au milieu des cris des blessés. Vers 19 heures, l’artillerie du bois de Cernay augmente la gravité de la situation, en bombardant fortement la lisière Est du bois de Ville, où des patrouilles allemandes avaient été signalées.

Pendant la nuit, la 1ère brigade reçoit l’ordre d’aller se reconstituer à l’est de Berzieux. Près de 2000 hommes de la 1ère brigade auront laissé la vie à Ville s Tourbe, ce 15 septembre 1914 parmi lesquels François Mauguen.

Après son décès

Comme pour tous les soldats tués dans les premières semaines de la guerre, son décès n’est retranscrit que tardivement à la mairie de Quéménéven, le 11 janvier 1921. François Mauguen est donc d’abord considéré comme disparu. Son nom n’apparaît pas dans la liste publiée le 27 mars 1915 par La Dépêche de Brest. Dans ce court article, il est probablement inclus dans les « cinq ou six autres (qui) n’ont pas donné de nouvelles depuis le mois d’août ».

Extrait de La Dépêche de Brest du 27 mars 1915

Extrait de La Dépêche de Brest du 27 mars 1915

Pendant ce temps, dans la petite ferme de Talagroas, à Kergoat, sa femme Jeanne Chapalain se retrouve seule avec ses deux enfants de 4 et 2 ans et son beau-père François, tremblant pour ses frères René et Yves, et ses beaux-frères Hervé, Yves et Pierre. Si ses frères reviendront de la guerre, Pierre Mauguen sera le seul des 4 frères Mauguen à réchapper des combats meurtriers.

Sources

Registres d’état-civil de la mairie de Quéménéven

Fiche de François Mauguen sur la base des morts pour la France (Mémoire des Hommes)

Historique du 2e R.I.C. sur le site gallica.bnf.fr

JMO de la 15e D.I.C. et de la 1e B.I.C. sur le site Mémoire des Hommes

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