Jean Joseph Capitaine (1891-1919), brigadier au 3ème dragons de Nantes

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Coll. Famille Capitaine, Coat Squiriou

Jean Joseph Capitaine, brigadier au 3ème régiment de dragons, a consigné son parcours dans au moins deux petits carnets. Sa famille en a retrouvé un, qui couvre la période du 15 septembre 1914 au 24 juillet 1915, et l’a conservé respectueusement.

Ce témoignage croisé avec les informations de sa fiche matricule et les journaux de marche et les historiques des régiments permet de retracer, et d’illustrer, le parcours de ce cavalier, qui décède à Quéménéven le 18 septembre 1919 de la tuberculose.

Jean Joseph Capitaine naît le 9 juin 1891 à Edern. Il est le fils de Jean Capitaine et de Marie Jeanne Guellec, et l’aîné d’une nombreuse fratrie.

De la classe 1911, il est au service militaire à la déclaration de guerre. Incorporé à compter du 1er octobre 1912, arrivé au corps le 2 octobre 1912, il passe cavalier de 1ère classe le 16 janvier 1914.

De Nantes à la bataille de la Marne

Jean Joseph part au front le 3 août 1914, avec le 3ème régiment de dragons qui fait partie de la 9e division de cavalerie. Ce régiment est en garnison à Nantes au début de la guerre. Il compte à son départ de Nantes 33 officiers, 69 sous-officiers, 582 brigadiers et cavaliers, qui viennent de Bretagne et de Vendée, et 671 chevaux.

Carte postale ancienne mise en ligne sur le site Pages14-18 lien

Nantes – Les Dragons partent pour le front. CPA mise en ligne sur le site Pages14-18 lien

Le 9 août, la division de cavalerie est en avant des lignes d’infanterie dans la région de Damvillers, au nord de Verdun. Après un premier accrochage avec les cavaliers allemands autour du 14 août, le 3ème dragons reçoit l’ordre, le 16 août, de se porter sur Neufchâteau en Belgique.

Pour le 3ème dragons, les combats s’engagent le 20 août au-delà de Langlier et Neufchateau. Les troupes allemandes qui ont creusé des tranchées à la lisière des bois obligent les cavaliers à combattre à pied, puis à se replier. Le régiment reçoit l’ordre de se porter en direction de Bertrix au secours de la 16e B.D. fortement engagée et compromise. Le 21 août, les troupes se replient sur Paliseul. Le 22 août c’est la meurtrière bataille de Maissin au cours de laquelle les régiments bretons du 11e Corps d’Armée se heurtant à des forces supérieures sont rejetés eux aussi sur Paliseul.

Le lendemain commence la retraite qui conduit les troupes françaises en deux semaines jusqu’à la Marne. La 9e division de cavalerie comble un vaste espace entre deux armées, à droite du 11e corps d’armée, avec pour mission de retarder la marche de l’ennemi. Le 7 septembre, le 3ème dragons est devant Soudé-Sainte-Croix soutenant l’artillerie de la division de cavalerie. Dans la soirée, un violent combat est engagé contre les forces ennemies. C’est le début de la bataille de la Marne, et à partir du 11 septembre le mouvement en avant est entamé à la poursuite des troupes allemandes.

La cathédrale de Reims en feu

Le carnet laissé par Jean-Joseph Capitaine commence le 15 septembre 1914 en pleine guerre de mouvement.

Le 18 septembre 1914, la 9e division de cavalerie se porte à l’ouest de Reims. « Départ à 4h – marche forcée de 10km pour nous porter à l’ouest de Reims. Passons par Louvois où les habitants nous disent qu’ils n’ont plus rien à manger. Arrivons en vue de Reims. Halte dans une luzernière nous dormons à la tête de nos chevaux, couchés sur le sol pendant 2 heures. Je pars en reconnaissance, marche difficile à travers les vignes » peut-on lire sur la première page du carnet écrit par Jean Joseph Capitaine.

Première page du carnet de JJ Capitaine - Coll. Famille Capitaine-Pétillon, Coat Squiriou

Première page du carnet de JJ Capitaine – Coll. Famille Capitaine-Pétillon, Coat Squiriou

19 septembre « Une alarme est donnée, la cathédrale de Reims prend feu. 2 heures et quart, on contemple le sinistre de 6 km qui nous séparent, de temps en temps des gerbes de feu s’élèvent immense dans les airs. à 3 heures l’échafaudage placé contre tout le pignon Est  s’écroule tel un enfer. Les flammes et les étincelles montent à plus de 10 m de hauteur. Nous partons« .

La cathédrale de Reims en feu - Coll. Y. Le Grand

La cathédrale de Reims en feu – Coll. Y. Le Grand

 

Du 20 septembre au 8 octobre, le régiment cantonne à Écueil. « Au cantonnement, les habitants font la vendange et fabriquent le vin » peut-on lire dans le carnet du cavalier Capitaine. Il mentionne aussi que plusieurs messes sont dites pendant cette période de repos, dont une pour le fils du colonel.

Dans le Nord

Le 8 octobre, la division se dirige vers Compiègne puis après une courte escale à Estrées-Saint-Denis, repart le 21 octobre par une série d’étape qui le porte vers le nord, où se joue la course à la mer.

Le 24 octobre, le régiment arrive à Cauchy à La Tour dans le Pas de Calais. « Rencontrons les premières mines de houille. Mineurs très gentils. Le soir comme j’étais dans la rue, il y en a un qui m’accepte et m’offre à souper avec un camarade. J’amène avec moi Coroller qui a justement travaillé à Courrières et comprend bien leur patois. Le mineur a 2 ou 3 garçons et sa femme cuisine très bien. Potage, rôti, frites, salade et bistouille« .

Le 31 octobre, la division est alertée, pour aller prêter main-forte aux Anglais. La brigade laisse ses chevaux à Saint-Eloi et s’engage à pied, le 3ème dragons en tête, sur la route du château d’Hollebecke où l’ennemi est fortement installé.

Hollebecke

Extrait de l’historique du 3e Dragons sur le site Gallica

A minuit, les Allemands attaquent en deux colonnes. Il s’ensuit une grande confusion « Les Allemands sont mêlés à nos éléments. Terrés dans les fossés nous ouvrons le feu. Je tire un chargement. On commande « cesser le feu ». Bientôt notre front subit aussi la fusillade, de 100 m nous voyons dans l’obscurité le feu des fusils. On commande « feu à volonté », un autre chargeur et cesser le feu. Un commandant du 80eme de ligne nous dit que ses hommes sont devant nous. Pourquoi nous tirent-ils dessus alors. Le feu devient plus dense encore et la terre jaillit sur la figure dans ce fossé où pliés en quatre on a peine à cacher la tête, de bouche à bouche, le bruit circule qu’il y a des morts et blessés. (…) Neuf prisonniers boches sont menés. Six hommes de mon peloton dont moi les escortons vers Ypres, il est 3heures et demi , on s’éloigne. Derrière nous le spectacle est horrible tout en feu et aussi en sang« .

Le combat se poursuit toute la journée du 1er novembre, et en fin de journée, la 9e DC reçoit l’ordre de se replier. Les pertes sont importantes.

La bataille de l’Yser

Le 6 novembre, le régiment occupe les tranchées de l’autre côté du canal de l’Yser, en face de Bixschoote. « Vers 8 heures, prenons une tranchée de première ligne avec les 25 cyclistes, obus tombent autour de nous, arbres hâchés, sol défriché par la mitraille. Tiraillons toute la journée sur les Boches qui circulent à tout instant devant nous (…), leur première ligne n’est qu’à 30 m, ceux-là ne bronchent pas beaucoup. Sitôt qu’un lève la tête, il est abattu. Nuit froide. à 7h1/2 une attaque sur notre droite. On tire à qui mieux mieux. On est peu ravitaillé. Relevés à 3h du matin, allons en 2ème ligne, au sud du canal » écrit Jean Joseph Capitaine.

source : http://chtimiste.com/batailles1418

Le 10 novembre, les troupes allemandes enlèvent les tranchées de première ligne française, et atteignent le canal de l’Yser. Le régiment fournit un détachement de 200 hommes en renfort (brigade Sailly), parmi lesquels Jean Joseph Capitaine. Le détachement part à la nuit pour tenir les lisières sud d’un bois. Aucune tranchée. « Un homme sur deux dans la tranchée. Occupons une première. La quittons, faisant un bond en avant en creusant une autre en un quart d’heure sous les balles à 200 m des boches. Les 200 m de distance sont couverts par un bois« .

Le régiment conserve cette position pendant plusieurs jours « Mêmes tranchées. le temps a été froid. beaucoup sont malades, mal ravitaillés, brûlons toutes les fermes autour de nous pour empêcher les repères de l’artillerie boche, arrosés tous les jours, obus de tous calibre« .

En arrière du front

Le 17 novembre 1914, le régiment est relevé, et cantonne à La Cloche jusqu’à la fin du mois. En décembre et janvier, le régiment est en arrière du front dans la région de Humière (Pas de Calais) « travaux d’organisation (…) travail à cheval, service en campagne » peut-on lire dans le carnet de Jean-Joseph Capitaine. Pendant cette période, du 31 décembre au 10 janvier, un détachement dans lequel se trouve Jean Joseph Capitaine part aux tranchées de Bully-Grenay. « Parti aux tranchées en autobus. Arrivé à Bully-Grenay (nord-ouest de Lens) pays minier, tranchées dégoûtantes, couché plusieurs nuits dans l’eau, mal ravitaillés, en observation sur des buttes de charbons« .

Le 25 janvier 1915, la division se porte dans la région de Compiègne qu’elle atteint le 30. « Du 31 au 16 février – travail à cheval dans la forêt de Compiègne » raconte Jean Joseph Capitaine.

Les tranchées du bois des Loges – Nommé brigadier

Du 16 février au 8 mai 1915, la division fournit un détachement aux tranchées du bois des Loges. Chaque régiment fournit 160 hommes, encadrés par un capitaine et quatre lieutenants. Une fois de plus Jean Joseph Capitaine fait partie de ce détachement. Le 3 mars, son équipe remplace la 1ère équipe qui occupait les tranchées. « cagna (abri sou ou sur terre) infecte, tranchées boches à 1000 mètres. Canny bombardé tous les jours pas une maison debout. Beaucoup de corvées. Le 14 mars on m’annonce que j’ai passé brigadier, compliments des camarades. Le 18 relève de notre équipe« .

source : http://bois-des-loges.pagesperso-orange.fr

Fin avril, il retournera en première ligne pendant 18 jours « je commandais un poste d’écoute amené avec Ménez, Cariou, Doudard. Nuit noire, pluie à verse rien de nouveau. Un homme du 1er dragon mis en pièce avec un obus. Pas mal de morts et de blessés. Le 17ème jour relève à minuit, on nous dit que la division s’en va, tant mieux, sortie des tranchées, moments inoubliables. Nous primes les boyaux par la ferme de Canny il y avait de l’eau jusqu’à la ceinture en maints endroits, dire que 200 hommes défilaient là dedans. Les derniers marchaient dans la bouillie, on se fait ainsi 3 km forcé pour ne pas être pris par le feu. On passe ensuite une rivière tout le monde les uns après les autres y défilent pour se laver la culotte et les jambes« .

Le 10 mai la division redescend Amiens puis mi-juin remonte vers Doullens.

En route pour l’Alsace

Le 2 juillet, la 9e division de cavalerie embarquent pour l’Alsace. Les 3ème et 4ème escadrons cantonnent à Magny. « On est dans des wagons à bestiaux avec un peu de paille (…) Débarquement le 4 à 12h. Soir, on monte à cheval direction du front. à 3 heures nous passons dans l’Alsace reconquise – avec ses vastes bâtiments construits en bois ou avec des pierres; A 5 heures, nous arrêtons à Magny, 6 km de Dannemarie. Exténués nous nous reposons la journée (…) jusqu’au 24 juillet, on reste là. On travaille avec les chevaux en service de campagne. Tous les matins nous passons de France en Alsace et d’Alsace en France car les poteaux frontières sont à l’ouest de Magny. Le 24 une équipe va aux tranchées pour 14 jours. Je prends les ordinaires« 

Ici s’arrête le récit de Jean Joseph Capitaine.

Périodes au dépôt, périodes en campagne

Le 28 août 1915, la division est relevée et se porte en Champagne, où elle participe à la bataille de fin septembre, avant de se porter dans la région de Lunéville.

Le 4 novembre 1915, Jean Joseph Capitaine rentre au dépôt, à Nantes. D’après sa fiche matricule, il semble qu’il y reste une année, jusqu’au 21 novembre 1916. C’est peut-être au cours de cette période qu’a été prise cette photo de famille, avec ses parents et ses frères et soeurs.

Coll. famille Capitaine

Coll. Famille Capitaine, Coat Squiriou

Il est difficile alors de savoir précisément quelle est la suite de son parcours. Le 22 mai 1916, la 9e division de cavalerie a été dissoute. Les dragons passent régiments de corps d’armée. Le 3ème dragons est affecté au 30e corps d’armée. Mi-juillet 1916, le 1er demi-régiment est affecté à la 51e division d’infanterie, et le 2ème demi-régiment à la 72e Division d’infanterie. Impossible aujourd’hui de savoir dans quel demi-régiment se trouvait Jean Joseph.

Le 19 janvier 1917, il rentre à nouveau au dépôt.

Avec le 5ème régiment de cuirassiers

Jean Joseph Capitaine passe au 5e régiment de cuirassiers le 29 juin 1918. Sur le journal de marche du 5e régiment de cuirassiers, on peut lire en date du 2 juillet « le régiment reçoit un renfort de 256 hommes provenant pour la majeure partie des bataillons de chasseurs à pied et un certain nombre de sous-officiers des régiments de cavalerie, susceptibles d’être promus sous-lieutenants ». 

Les 4 et 5 juillet 1918, le 5ème cuirassiers entre dans le secteur des Eparges (Hauts de Meuse) jusqu’au 8 septembre, où il exécute des opérations dans les lignes ennemies. Relevé des Eparges, le 5ème cuirassiers prend part à l’offensive de la 2ème armée américaine sur Saint-Mihiel du 12 au 18 septembre. « il forma la réserve de la division dans la journée du 12, et exécute dans la matinée du 13 une marche à travers les lignes ennemies dont il achève le nettoyage sur une profondeur de 10 kilomètres » peut-on lire dans l’historique régimentaire.

Du 19 au 29 septembre, le régiment prend les avant-postes dans le secteur d’Avillers, sur le front, par un très mauvais temps, en terrain non organisé et marécageux, soumis à de violents bombardements. Les 17 et 18 octobre le régiment est relevé du secteur des Hauts de Meuse. Fin octobre il est déplacé en Champagne (région de Sainte Ménéhould) où il suit la progression de l’offensive de Champagne.

Après l’Armistice, le 5ème cuirassiers tient les lignes de la Meuse jusqu’au 16 novembre, date à laquelle il reçoit l’ordre de se porter en avant. Il traverse les Ardennes françaises et belges, séjourne deux semaines au Luxembourg (Ulflingen). Le 10 décembre, il pénètre le premier en Rhénanie, et arrive sur le Rhin le 23 décembre. Il va occuper la rive gauche du fleuve à Worms et Mayence.

source wikimedia – Soldat français sur les bords du Rhin à Mayence. Le Miroir. 1918

En février 1919, le 5ème cuirassiers est dissous.

Réformé n°1 avec proposition de pension permanente de 90% par la commission de réforme de Vannes du 20 avril 1919 pour tuberculose pulmonaire bactériologiquement confirmée, Jean Joseph Capitaine se retire à Coat-Squiriou (Quéménéven). Trop gravement malade, il décède le 18 septembre 1919.


Sources :

Carnet de Jean Joseph Capitaine (15 septembre 1914 – 24 juillet 1915 ), collection Famille Capitaine-Pétillon, Coat Squiriou

Fiche matricule

Journaux de marche du 3ème régiment de dragons et du 5ème régiment de cuirassiers, sur le site Mémoire des Hommes

Historique du 3ème régiment de dragons et du 5ème régiment de cuirassiers, sur le site Mémoire des Hommes

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